ArtCraft : la suite créative gratuite qui vise Adobe
Retouche, vidéo, motion design, vectoriel, photo, PDF, mise en page : les sept apps Craft face à leurs équivalents Adobe, ce qui marche déjà et ce qui manque.
Retoucher une photo, monter une vidéo, dessiner un logo, sortir un PDF propre. Pour faire ces quatre choses avec les outils standards, il faut un abonnement Adobe Creative Cloud, payé chaque mois, sans jamais posséder le logiciel. Et pour les visuels rapides du quotidien, beaucoup ajoutent Canva Pro par-dessus.
ArtCraft propose une autre réponse. Sous ce nom, on trouve un studio de génération d'image et de vidéo IA, mais surtout une suite de sept logiciels créatifs, gratuits, sans compte ni abonnement, qui reprennent un par un les grands outils d'Adobe : retouche, montage, motion design, vectoriel, développement photo, PDF et mise en page. Ils sont écrits en Rust, open source sous licence Apache-2.0, et disponibles sur Windows, macOS, Linux et dans le navigateur.
La suite est très jeune : les dépôts ont été publiés fin septembre 2026. Mais elle avance vite, et PhotoCraft a dépassé les 23 000 étoiles sur GitHub en une semaine.
Une app ArtCraft pour chaque app Adobe
Le site ne cite jamais Adobe. Les correspondances sont pourtant évidentes :
| App ArtCraft | Rôle | Équivalent Adobe | Version | Statut |
|---|---|---|---|---|
| PhotoCraft | Retouche d'image | Photoshop | 0.3.0 | Alpha |
| FilmCraft | Montage vidéo | Premiere Pro | 0.2.1 | En développement |
| EffectCraft | Motion design et effets | After Effects | 0.4.0 | En développement |
| VectorCraft | Illustration vectorielle | Illustrator | 0.4.0 | En développement |
| LightCraft | Photothèque et développement RAW | Lightroom | 0.2.1 | En développement |
| PdfCraft | Lecture et organisation de PDF | Acrobat | 0.2.1 | Alpha |
| DesignCraft | Mise en page et édition | InDesign | 0.2.1 | En développement |
Les sept apps partagent la même philosophie : pas de compte, pas de cloud, pas de télémétrie, pas de serveur de licences. On télécharge, on installe, on travaille hors ligne. Chacune existe aussi en version web (compilée en WebAssembly, qu'on peut héberger soi-même) et, pour la plupart, en outil en ligne de commande pour l'automatisation.
Point important : ces apps n'ont rien à voir avec l'IA générative. Ce sont des logiciels de création classiques. L'IA, c'est le studio ArtCraft, à part, dont on parle plus bas.
PhotoCraft, le Photoshop gratuit
C'est l'app phare, et celle qui va le plus loin. Le site la présente comme « l'éditeur d'images que vous savez déjà utiliser » : les menus et les réflexes sont ceux de Photoshop.
| Fonction | Ce qu'on trouve |
|---|---|
| Calques | Masques, calques de réglage (16 types), styles de calque |
| Filtres | Plus de 70, avec aperçu en direct |
| Objets dynamiques | Avec filtres dynamiques |
| Outils | Texte, vecteurs, pinceaux, sélection de sujet et d'objet en local |
| Couleur | 8, 16 et 32 bits, RVB, CMJN, Lab, niveaux de gris, profils ICC, épreuvage |
| Fichiers | Ouverture et enregistrement des PSD et PSB avec calques |
Le support du PSD est ce qui rend PhotoCraft crédible. Recevoir un fichier Photoshop d'un client ou d'un collègue est le premier blocage quand on quitte Adobe. L'équipe affirme que 134 de ses 135 fichiers de test réels font l'aller-retour à l'octet près. C'est un chiffre maison, à vérifier sur vos propres fichiers, mais il montre où porte l'effort.
Face à GIMP ou Krita, la promesse est l'ergonomie : une interface qui ressemble à Photoshop plutôt qu'une logique à réapprendre. Face à Photopea, c'est une application native, avec un rendu sur GPU, qui fonctionne sans connexion.
FilmCraft et EffectCraft, le duo Premiere et After Effects
FilmCraft est un logiciel de montage au sens professionnel du terme. Moniteurs source et programme, montage trois points, tous les modes de trim, raccourcis J/K/L : un monteur habitué à Premiere ou DaVinci Resolve retrouve ses repères.
Côté technique, il gère lui-même ses codecs (H.264, HEVC, ProRes, VP9, AAC, Opus) sans passer par FFmpeg. L'étalonnage propose courbes, roues chromatiques, LUT, workflows HDR et log, et scopes. L'audio a sa table de mixage et des mesures de loudness EBU R128, la norme de la diffusion. Une base de temps entière garde exactes les cadences 23,976 et 29,97 images par seconde, un détail que seuls les gens qui ont eu le problème apprécient.
EffectCraft couvre le motion design. Compositions, calques, images clés avec éditeur de courbes, 259 effets, calques 3D avec caméras et lumières, et des expressions JavaScript avec des fonctions comme wiggle. Les habitués d'After Effects reconnaîtront le vocabulaire. L'export va du H.264 au ProRes avec couche alpha, en passant par l'EXR 32 bits et le Lottie pour les animations web.
VectorCraft, LightCraft, PdfCraft, DesignCraft
Les quatre autres apps complètent la suite.
VectorCraft remplace Illustrator : plume, opérations booléennes, dégradés de forme, distorsion d'enveloppe, répétitions radiales et en grille, vectorisation d'image avec 12 préréglages. Il lit et écrit le SVG et le PDF. Sa page ne mentionne pas les fichiers .ai, ce qui compte si vous héritez de logos conçus sous Illustrator.
LightCraft remplace Lightroom : une photothèque avec albums, notes et recherche, et un développement RAW non destructif. On y trouve courbes, mélangeur de couleurs, roues d'étalonnage, masques de ciel, de sujet et d'arrière-plan. Il lit déjà les RAW des principales marques (Canon, Sony, Nikon, Fujifilm, Panasonic, Pentax, Olympus) et le DNG.
PdfCraft remplace la partie d'Acrobat que tout le monde utilise : lire, chercher, réorganiser les pages, fusionner, découper, chiffrer. Sa page ne mentionne pas l'édition du texte ou des images à l'intérieur des pages.
DesignCraft remplace InDesign : gabarits, blocs de texte chaînés, styles de paragraphe et de caractère, habillage. La typographie est soignée (césure par dictionnaire, alignement optique des marges, grille de ligne de base), et l'export PDF gère le CMJN, les tons directs, le fond perdu et les traits de coupe. De quoi préparer un fichier pour l'imprimeur.
Détail qui parlera aux développeurs : DesignCraft se pilote par un canal JSON et un serveur MCP. Un agent IA peut donc ouvrir un document, appliquer des styles et exporter. Si le protocole ne vous dit rien, le fonctionnement du Model Context Protocol explique comment un agent appelle ce genre d'outils.
Et Canva ?
C'est la question que tout le monde pose, et la réponse est plus nuancée que pour Adobe.
Canva ne vend pas des outils, il vend des modèles. On choisit un gabarit de post Instagram, de carte de visite ou de présentation, on remplace le texte et la photo, c'est fini. ArtCraft ne propose rien de tel aujourd'hui : pas de bibliothèque de modèles, pas de banque d'images intégrée, pas de collaboration en temps réel.
Pour un visuel de réseau social, PhotoCraft fait le travail. Pour une plaquette ou un flyer, DesignCraft est plus puissant que Canva. Mais il faut partir d'une page blanche. Si vous utilisez Canva justement pour ne pas avoir à concevoir la mise en page, ArtCraft ne le remplace pas encore. Si vous l'utilisez parce que Photoshop et InDesign coûtent trop cher, c'est une vraie alternative.
Le studio IA, la partie ArtCraft d'origine
Le produit qui a donné son nom à l'ensemble est un studio de génération d'image et de vidéo, que ses auteurs appellent « l'IDE des artistes ». Son idée : remplacer une partie du prompt par de la mise en scène. On compose la scène en 2D ou en 3D, on pose un mannequin, on place la caméra, puis un modèle génère l'image à partir de cette composition.
Il donne accès à 62 modèles hébergés : Nano Banana, GPT Image, FLUX et Seedream pour l'image, Seedance, Kling, Veo ou Vidu pour la vidéo, plus de la musique, des objets 3D et des mondes en Gaussian splats. Il se connecte aussi à vos comptes Grok, Midjourney, Sora ou World Labs.
L'application est gratuite, les générations non. Soit vous utilisez vos propres abonnements chez les fournisseurs, soit vous prenez des crédits ArtCraft :
| Formule | Prix mensuel | Crédits | Exemple d'usage |
|---|---|---|---|
| Basic | 10 $ | 1 000 | ~250 images Nano Banana ou ~45 s de vidéo Kling 3.0 Pro |
| Pro | 35 $ | 3 750 | ~938 images ou ~167 s de vidéo |
| Max | 60 $ | 6 600 | ~1 650 images ou ~295 s de vidéo |
C'est la seule partie payante de l'écosystème, et elle est facultative. On peut utiliser PhotoCraft ou FilmCraft toute sa vie sans dépenser un centime ni générer une seule image. Les images de référence envoyées au studio partent chez les fournisseurs des modèles, comme avec tout service de génération en ligne. Pour comprendre ce que ces modèles « voient » d'une image, la reconnaissance d'images par deep learning donne les bases.
Deux licences différentes
C'est le point à ne pas confondre.
| Les sept apps Craft | Le studio IA ArtCraft | |
|---|---|---|
| Licence | Apache-2.0 | Licence maison « fair source » |
| Open source au sens OSI | Oui | Non |
| Usage gratuit | Oui | Oui (hors crédits de génération) |
| Usage commercial des créations | Oui | Oui, les médias produits vous appartiennent |
| Reprendre le code dans un produit | Oui, y compris commercial | Non, interdit pour un produit concurrent |
Pour un graphiste ou un monteur, la différence ne change rien : tout ce que vous créez vous appartient, quel que soit l'outil. Pour un développeur, elle change tout. Le code des apps Craft peut être réutilisé, forké, intégré dans un produit. Celui du studio IA est consultable, modifiable pour un usage personnel, mais pas réutilisable commercialement. Le fichier de licence du studio se décrit lui-même comme provisoire.
Installer la suite
Chaque app se télécharge depuis sa page sur getartcraft.com, avec des installeurs pour macOS (universel), Windows et Linux (AppImage, DEB, RPM, x86_64 et ARM64). Les versions web s'ouvrent directement dans le navigateur.
Pour compiler depuis les sources, il faut Rust 1.90 ou plus récent. Pour LightCraft, par exemple :
git clone https://github.com/storytold/lightcraft.git
cd lightcraft
cargo run --release -p lightcraftLes apps sont natives, sans Electron ni webview pour PhotoCraft. Elles démarrent vite et restent légères, ce qui change de l'expérience Creative Cloud sur une machine modeste.
Ce qui manque encore
Il faut être honnête sur l'état du projet : les dépôts ont une semaine et aucune app n'a atteint la version 1.0. Les étiquettes « alpha » et « en développement » sont à prendre au sérieux. Je ne confierais pas un livrable client à FilmCraft cette année.
Plusieurs choses qui comptent chez Adobe n'ont pas d'équivalent :
- L'écosystème. Pas de plugins tiers, pas de bibliothèque de polices comme Adobe Fonts, pas de banque d'images.
- Les échanges entre apps. Le Dynamic Link entre Premiere et After Effects, par exemple, n'existe pas.
- Certains formats. Le PSD est là, mais rien n'est annoncé pour le
.aid'Illustrator ni pour les projets Premiere. - Le cloud. Pas de synchronisation ni de travail à plusieurs. C'est un choix assumé, mais c'est aussi une absence.
La bonne façon de s'y mettre aujourd'hui : installer PhotoCraft et LightCraft, les plus avancés, et les utiliser pour les tâches simples en gardant Adobe pour la production. La vitesse à laquelle le projet gagne des étoiles se suit bien avec Trendshift et la veille des projets GitHub, et c'est un bon indicateur pour savoir quand franchir le pas.
Pendant vingt ans, quitter Adobe voulait dire réapprendre son métier dans GIMP, Inkscape et Kdenlive. ArtCraft fait le pari inverse : des outils gratuits qui se manient comme ceux qu'on connaît déjà, et qui ouvrent les fichiers qu'on reçoit. Le pari n'est pas gagné, et l'IA payante du studio finance la suite, mais pour un indépendant qui paie Creative Cloud pour retoucher trois photos par mois, c'est déjà une raison sérieuse de tester. Et si vous produisez aussi de l'audio, VoiceStudio pour doubler ses vidéos en local suit la même logique : des outils de production sans abonnement.