Minecraft : comprendre les mobs et monter son serveur moddé (CurseForge, FTB)
Hostiles, passifs, neutres : comment le jeu spawn ses créatures — et comment héberger un serveur avec un modpack CurseForge ou FTB en une soirée.
Un ami me demande régulièrement pourquoi son serveur Minecraft moddé passe son temps à lag dès que la nuit tombe. La réponse tient en un mot : les mobs. Entre les règles de spawn du jeu vanilla et les dizaines de créatures ajoutées par un modpack, un serveur mal configuré s'effondre vite. Voici comment fonctionnent les mobs, et comment monter un serveur CurseForge ou FTB qui tient la charge.
Les trois familles de mobs
Minecraft classe ses créatures en trois grandes catégories, et cette classification détermine tout leur comportement.
Les mobs hostiles — zombies, squelettes, creepers, endermen — attaquent le joueur à vue. Ils spawnent uniquement dans l'obscurité, luminosité 0, ce qui explique pourquoi une base mal éclairée devient une usine à zombies la nuit. Passé un certain nombre de mobs hostiles chargés en mémoire, le serveur commence à ralentir le tick rate.
Les mobs passifs — vaches, moutons, poules, cochons — ne réagissent jamais aux attaques. Ils spawnent uniquement sur l'herbe, à la lumière du jour, et seulement si le nombre de mobs passifs sur le chunk n'a pas atteint son plafond (spawn cap).
Les mobs neutres — loups, iron golems, endermen tant qu'on ne les regarde pas — n'attaquent que si on les provoque. Certains, comme les abeilles, redeviennent hostiles temporairement après une piqûre.
Un modpack ajoute rarement une quatrième catégorie : il redéfinit surtout les taux de spawn (spawn weight) et les biomes autorisés pour ses propres mobs. C'est là que les problèmes de performance commencent — un modpack agressif peut multiplier par cinq le nombre d'entités chargées à la même distance de rendu.
Vanilla, CurseForge, FTB : trois façons de jouer moddé
Le launcher vanilla ne gère aucun mod. Pour jouer moddé, deux écosystèmes dominent :
CurseForge héberge des milliers de modpacks individuels, maintenus par leurs créateurs. Chaque modpack a sa propre page, ses propres fichiers serveur téléchargeables, sa propre version de Forge, Fabric ou NeoForge.
FTB (Feed The Beast) est un curateur : il sélectionne et packages des modpacks cohérents (FTB Skies, FTB Direwolf20, Prominence II) via son propre launcher et son propre outil de génération de fichiers serveur.
Les deux fonctionnent sur les mêmes fondations techniques — un mod loader (Forge, Fabric ou NeoForge) plus une pile de mods .jar. La différence est éditoriale, pas technique.
Prérequis avant d'installer quoi que ce soit
Un serveur moddé consomme largement plus de ressources qu'un serveur vanilla à cause du nombre de mobs, blocs et entités custom chargés en permanence.
| Ressource | Vanilla (petit groupe) | Modpack moyen (20-40 mods) | Modpack lourd (100+ mods) |
|---|---|---|---|
| RAM | 2-3 Go | 6-8 Go | 10-16 Go |
| CPU | 2 vCPU | 4 vCPU | 4-6 vCPU |
| Java | 17 ou 21 selon la version MC | idem | idem |
Vérifiez la version Java exigée par le modpack — elle est indiquée sur sa page CurseForge ou FTB. Se tromper de version Java est la cause n°1 des serveurs qui refusent de démarrer.
java -version
# openjdk version "21.0.3" 2024-04-16Si la version ne correspond pas, installez la bonne JRE avant de continuer — sur un VPS Ubuntu, apt suffit :
sudo apt update
sudo apt install openjdk-21-jre-headless -yInstaller un serveur depuis CurseForge
Sur la page du modpack choisi, l'onglet Files propose un lien Server Pack distinct du pack client. C'est ce fichier qu'il faut récupérer, pas le pack joueur.
mkdir ~/minecraft-server && cd ~/minecraft-server
wget https://mediafilez.forgecdn.net/files/xxxx/xxxx/server-pack.zip
unzip server-pack.zipL'archive contient un script de démarrage (start.sh ou run.sh selon le mod loader). Avant de lancer, éditez l'allocation mémoire dans le script ou dans user_jvm_args.txt :
-Xms4G
-Xmx8G-Xms fixe la RAM allouée au démarrage, -Xmx le plafond. Les deux doivent rester en dessous de la RAM physique disponible sur la machine — laissez toujours 1-2 Go pour l'OS.
Acceptez l'EULA, obligatoire pour tout serveur Mojang :
echo "eula=true" > eula.txtPuis lancez :
chmod +x run.sh
./run.shLe premier démarrage génère le monde et compile les mods — comptez plusieurs minutes selon la taille du pack.
Installer un serveur avec FTB
FTB simplifie l'étape de téléchargement via son propre outil, le FTB Server Installer, disponible sur la page de chaque modpack FTB.
mkdir ~/ftb-server && cd ~/ftb-server
wget -O installer.jar "https://api.feed-the-beast.com/v1/modpacks/public/modpack/XXXX/YYYY/server/linux"
java -jar installer.jarL'installeur télécharge automatiquement la bonne version de Forge ou NeoForge et les mods du pack. Une fois terminé, la structure est identique à un serveur CurseForge : eula.txt à valider, script start.sh à ajuster pour la RAM, puis lancement.
echo "eula=true" > eula.txt
./start.shFTB génère aussi un fichier server.properties pré-rempli avec des valeurs raisonnables pour le pack — inutile de tout retoucher à la main sauf besoin spécifique.
Ouvrir le port et sécuriser l'accès
Le port par défaut de Minecraft est 25565/TCP. Sur un VPS, le pare-feu UFW se configure en trois lignes :
sudo ufw allow 25565/tcp
sudo ufw statusSi le serveur tourne derrière un routeur domestique plutôt qu'un VPS, la redirection de port se fait côté box (NAT). Un VPS reste l'option la plus stable pour un serveur qui doit rester en ligne 24/7 — pas de dépendance à la connexion internet du domicile, pas de risque de couper le serveur en fermant son PC.
Garder le serveur en vie
Un serveur Minecraft moddé plante parfois — mod incompatible, out of memory, crash Forge. Sur un VPS Linux, un script de relance automatique via systemd évite d'avoir à se reconnecter en SSH à chaque crash :
[Unit]
Description=Minecraft Server
After=network.target
[Service]
WorkingDirectory=/home/william/minecraft-server
ExecStart=/home/william/minecraft-server/run.sh
Restart=on-failure
User=william
[Install]
WantedBy=multi-user.targetsudo systemctl enable --now minecraft
sudo systemctl status minecraftLe principe rejoint celui de PM2 pour une application Node.js : garder un process critique actif sans intervention manuelle. Le même besoin se pose pour héberger n'importe quelle app sur VPS — la logique de service systemd ou de process manager est identique, seul le binaire lancé change.
Adapter les spawns de mobs pour la performance
Si le serveur rame malgré une machine correcte, le coupable est souvent un nombre de mobs trop élevé. Le fichier server.properties expose deux leviers directs :
spawn-monsters=true
mob-spawn-range=6
view-distance=8Réduire view-distance limite le nombre de chunks chargés simultanément, donc le nombre d'entités actives. Certains mods ajoutent leur propre fichier de config (config/mobname-common.toml) pour ajuster taux de spawn et plafonds par mob — utile pour désactiver un mob qui spam trop une dimension spécifique.
Un serveur moddé qui tourne bien n'est jamais une question de chance : c'est la bonne version Java, la RAM allouée au bon endroit, et un œil sur les spawns de mobs qui dérivent. Une fois ces trois points réglés, CurseForge ou FTB deviennent aussi simples à maintenir qu'un serveur vanilla classique.